Retournons à la mer

Retournons à la mer, retournons à l’étang,
là où une entreprise prophétique nous a Promises.
Par la concordance des cigales, et du ciel rouge qui s’appose sur ton front
la taule, et le mal,
et la peine
que nous ignorions encore.

L’accent rond,
les : pain, main, hein, tarpin, pneu

peneu

 

 

 

pe

                                             

neu

 

 

 

 

 

                                          mélodiques.

 

 

Ce sentiment ferme, tenaille, cloue le reste, fixe mes pieds dans une rationalité tenace.
Rien ne s’échappe, pas la moindre infusion,
pas le moindre thé que nous aurions pu partager.

 

Retournons à la mer, en ton sein,
puisque nous avons regardé le même film, dans la même salle, sans le savoir, à quelques rangées, quelques sièges d’écart, tu étais trois rangs avant moi.
puisque nous avons une expérience commune :
ces plaies béantes, ces gencives saignantes, et ces cheveux gominés,
ces accusations,
ce venin anxiogène,
qu’iels jetaient sur nous parce que nous étions noires.

 

Si j’avais su,
que nous avions assisté à cette projection ensemble,
vécu les mêmes scènes à l’identique,
saigné le même sang, pleuré les mêmes larmes,
j’aurais pris le bus Ulysse, la ligne 24 direction Croix de Malte, qui joignait nos deux villes, croisait nos parcours.

 

 

 

 

(Nos vies ont toujours été mitoyennes.)

 

 

 

 

La crainte de t’aimer, de poser encore sur toi, tes yeux,
ta peau pégueuse à la Di Angelo, beaucoup trop huilée par la coco,
un regard qui me trahirait.

 

Retournons à la mer, je ne pourrai que le répéter ,
au fond de la cour, tu l’as si bien dit, il y avait les pins, tiens, les pins, la cour qui se tenait juste là, en pente, le petit jardin clos où l’on faisait pousser des fruits et des légumes, là où seul.e.s les CE2 A/ B/ ou C avaient le droit d’aller.
Je pleurais de rire, dans ces innombrables épines de pins, parsemées sur le sol brûlant, je me souviens du regard flou, flouté par les feux de joie, les cages de foot et les zygomatiques tendues.
Je taclais les garçons au foot,
m’asseyais dans le creux des ondulations du bitume/du ciment blanc anthracite
et aucun d’eux ne m’aimait.

 

Retournons à la mer, je t’emmènerai près de l’étang,
l’odeur des oeufs pourris de Berre
nous frappe les narines entre deux pétards.
Dans les sanglots, la solitude, et l’abandon,
d’être une femme noire dans une famille blanche,
d’être une femme noire qui aime les femmes
c’est près de l’étang que tu te réfugiais.

Une dizaine d’années plus tard
des ellipses parmi les vagues et les éclaboussures de la piscine de la mamie de Clara en juillet
des bougies d’anniversaire
numériquement trop
trop nombreuses à souffler chaque année.

 

Retournons à la mer, puisque j’ai dit du bout de mes lèvres des signes,
une sémiotique,

 

 

 

 

inavouables.

 

 

*************

 

Ils disent que « l’amour ça ne s’apprend pas », que « l’amour ça se vit ». et pourtant j’aurais aimé apprendre.

Moi, fille de Mars,
qui n’ai jamais appris que l’impatience, le drame et le chaos
élevée par le kayamb et son frère tam tam, les chants de guerre et les pleurs qui les accompagnent.

 

Moi, fille de Mars,
j’aurai voulu me sentir capable
d’exprimer l’amour dans le calme,
de sortir des sentiers tumultueux ancestraux
de m’écarter de la voie de la surveillance, de la méfiance,
de la gangrène routine,

de celui ou celle qui criera le pluS FORT.

 

Moi, fille de Mars,
j’ai cherché à t’atteindre et à te montrer
la plaine verte qui s’étend à l’infini, la végétation et le colibri
la profondeur et l’abondance de la rivière
en avançant mes lèvres, les extrémités tendues et riches des mots à te donner,
en plongeant la tête la première dans le Gouffre des esprits à Terre Sainte,
en serrant nos corps tandis que Les Déesses chantaient notre histoire,

 

 

« Toutes ces années tu m’as manqué

On a changé, on a grandi

Trop loin tous les deux « 

 

 

 

 

 

Sonia George Eperonnier copyright 2019 Duperré

 

 

 

 

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